Sans doute connaissez-vous La Gravière du Fort (la « GDF »), une base fédérale régionale située à l’ouest de Strasbourg, mais savez-vous qu’ils existent d’autres gravières ?

L’origine de ces gravières est totalement humaine : sans milieu aquatique originel, elles sont le résultat de l’exploitation des graviers ou bien créées pour réguler le niveau du Rhin (en lit majeur d’un cours d’eau et en relation avec la nappe).

Photo 1 : Les gravières autour de Strasbourg

En raison de sa proximité d’un aéroport, la Gravière du Fort est une gravière sans empoissonnement (les poissons attirent les oiseaux d’eau qui représentent un danger pour le trafic aérien), tout comme celle de Plobsheim. Ces sites sont-ils appropriés à la plongée-bio, est-ce une aubaine pour les plongeurs des clubs « de l’intérieur » ?

 

Que voir à Plobsheim ?

Le bilan des observations par zone géographique de BioObs permet de situer cette gravière et de prendre connaissance de toutes les espèces déjà observées pour la zone considérée. Et c’est un florilège d’espèces a déjà été observé à Plobsheim : bactéries, algues, plantes, animaux unicellulaires, éponge d’eau douce, planaires, mollusques, crustacés, poissons et oiseaux. En particulier, l’anguille européenne et l’utriculaire vulgaire, deux espèces protégées.

 

L’anguille européenne, une espèce mystérieuse

L’anguille européenne (Anguilla anguilla) est une espèce catadrome, qui vit en eau douce (zone de développement) avant de rejoindre la mer (zone de reproduction), plus précisément en mer des Sargasses. Les larves effectuent le chemin inverse, portées par le courant du Gulf Stream. Une migration de plusieurs milliers de Kms qui dure de 7 à 9 mois.

Photo 2 : « Il y a anguille sous roche ? » Souvent cachée sous les rochers ou bien dans la vase, elle disparaît rapidement sans prendre la pose ! De gauche à droite, des anguilles en milieu marginal : Port d’Omonville la Rogue et Le ponton (Etang de Thau).

Autrefois abondantes et considérées comme nuisible, l’espèce a été classée « en danger critique d’extinction » par l’UICN en 2008 et inscrite à l’annexe II de la CITES.

En Europe, différentes populations sont présentes sur l’ensemble du continent européen et les actions de protection et de repeuplement doivent être spécifiques. C’est le cas en France où l’espèce fait l’objet d’un plan d’actions de repeuplement depuis 2007.

Les causes de déclins des anguilles sont multiples : surpêche, braconnage, contamination et pollution des milieux, fragmentation des habitats, disparition des zones humides, turbinage, maladies et parasitisme et même l’introduction d’espèces envahissantes.

 

L’utriculaire vulgaire, une plante carnivore

Les utriculaires sont des plantes carnivores cosmopolites d’eau douce qu’il est possible de rencontrer en France, en particulier dans la gravière de Plobsheim. Ses rameaux portent des feuilles en forme de vésicule, de petite outre (d’où le nom), qui servent de flotteurs mais sont également de véritables pièges pour le zooplancton.

La floraison s’effectue généralement hors de l’eau mais il arrive que la plante ne flotte pas. Ainsi, il est possible de découvrir à faible profondeur des fleurs sous l’eau : la fructification ne pourra malheureusement pas aboutir.

Photo 3 : des floraisons d’utriculaires portées par les utricules. Sous l’eau, une rencontre étonnante.

Cette plante pourrait trouver sa place dans la petite boutique des horreurs : chaque utricule est fermé par une « porte » entourée de poils ramifiés, l’effleurement de certains de ces poils par une proie provoque l’ouverture de l’outre et son gonflement. En moins de 1/500 de seconde, l’eau est aspirée ainsi que la proie.

Photo 4 : l’outre, le piège ultra-rapide de cette plante carnivore.

Pour conclure la découverte de ce bio-site, il faut préciser que c’est à Plobsheim que Serge Dumont a réalisé une plongée de toute une nuit et que cette gravière attire des visiteurs, comme par exemple la Commission Bio du département du Jura (région Bourgogne Franche-Comté), une commission qui y organise chaque année un stage « eau douce ».

 

Pour en apprendre davantage

L’anguille européenne & l’utriculaire vulgaire (DORIS)

Une nuit sous l’eau (Les coulisses de la plongée de nuit de 8h30 par Serge Dumont, Université de Strasbourg – Juillet 2015)

La migration de reproduction des anguilles européennes enfin révélées (Communiqué de presse du CNRS – Octobre 2016)

Le repeuplement, une nécessité pour sauver l’anguille européenne (Plaquette de présentation par l’ARA France, Association pour le Repeuplement de l’Anguille en France)

Anguilles, l’étrange trafic d’un poisson pas comme les autres (Une enquête sur le périple des civelles, de la Havel à Hong Kong, Arte -Juillet 2017)

Le piège ultra-rapide d’une plante carnivore aquatique, l’utriculaire (ANAB)