Biotope / Habitat
L. littorea occupe l'étage intertidal (estran), principalement la zone médiolittorale moyenne et inférieure. Il s'étend parfois jusqu'aux premiers mètres de la zone sublittorale, de la surface jusqu'à environ 60 mètres de profondeur. Il fréquente préférentiellement les substrats durs : rochers, blocs, digues artificielles, poyas de galets et massifs d'algues brunes (Fucus, Ascophyllum).
C'est une espèce parfaitement adaptée aux variations du milieu, supportant une émersion quotidienne lors des marées basses grâce à son opercule hermétique. Il tolère également des baisses temporaires de salinité, ce qui lui permet d'investir les zones estuariennes.
Principalement herbivore brouteur et détritivore, ce mollusque devient très actif dès qu'il se trouve immergé ou sous une forte humidité ambiante. À l'aide de sa radula robuste, il râpe le film de micro-algues, les diatomées, les cyanobactéries ainsi que les jeunes pousses d'algues vertes ou brunes (Ulva, Fucus). Lors de la marée basse, il stoppe son déplacement, se fixe au rocher et ferme sa coquille pour réduire au minimum la perte d'eau.
Ce gastéropode est un agent actif de bioérosion. En grattant quotidiennement la roche pour prélever les micro-algues, les milliers de dents siliceuses de sa radula finissent par user le substrat rocheux de plusieurs millimètres par an. Pour le plongeur et le randonneur palmé en faible profondeur, c'est une espèce facile et gratifiante à observer : dès la mise en eau, l'animal se déploie rapidement, laissant voir le mouvement cadencé de son pied et l'activité continue de sa masse buccale.
Distribution
L'espèce est largement représentée dans l'Atlantique Nord. Sur le littoral européen, son aire s'étend du nord de la Norvège, de la mer Blanche et de la mer Baltique jusqu'au golfe de Gascogne et au nord-ouest de la péninsule Ibérique.
Elle est absente ou très anecdotique en mer Méditerranée.
Sur la rive occidentale de l'Atlantique, elle est établie du Labrador jusqu'au New Jersey, où elle aurait été introduite au XIXᵉ siècle.
Les populations européennes sont actuellement stables et présentent une densité très élevée sur les rochers littoraux.
Les confusions possibles
- Littorine des rochers Littorina saxatilis :
Tours de spire nettement plus bombés et sutures bien plus profondes. Apex moins aigu et plus émoussé. Espèce vivipare (absence de stade larvaire pélagique). Habitat situé plus haut sur le littoral (étage supralittoral).
- Littorine obtuse Littorina obtusata :
Coquille très lisse et globuleuse avec une spire totalement aplatie. Coloration très vive et variable (jaune, orange, olive).
Vit directement fixé sur les frondes de fucus.
- Littorine fève Littorina fabalis :
Coquille proche de L. obtusata mais de taille inférieure (rarement plus de 15 mm). Apex complètement plat et bord columellaire plus large.
- Gibbule ombiliquée Steromphala umbilicalis :
Présence d'un ombilic très net et profond à la base de la coquille (absence totale chez L. littorea. Forme en toupie ornée de bandes obliques vert-pourpre.
- Littorine bleue Melarhaphe neritoides :
Taille nettement plus réduite (3 à 9 mm de hauteur). Teinte bleu-noirâtre luisante. Vit exclusivement très haut dans la zone d'aspersion sèche.
Description du statut de l'espèce
L. littorea est une espèce indigène non invasive sur l'ensemble des côtes françaises et européennes, où elle joue un rôle écologique majeur.
En revanche, sur les côtes nord-américaines où elle a été introduite, elle est considérée comme une espèce introduite établie ayant modifié l'équilibre des communautés d'algues locales.
En France, l'espèce ne fait l'objet d'aucun statut de restriction environnementale, mais sa récolte lors de la pêche à pied est soumise à des réglementations locales définissant une taille minimale de capture (généralement 15 mm).