Les confusions possibles
En raison de sa localisation cachée au sein du substrat rocheux ou du sédiment, Rocellaria dubia peut être confondue avec d'autres organismes perforants ou tubicoles :
- Hermelles et sabelles Sabellaria spinulosa :
Construisent parfois des tubes jumelés émergeant des voiles sédimentaires. Toutefois, les tubes de Sabellaria sont faits d'un agglomérat de grains de sable (et non d'aragonite calcaire lissée) et possèdent une cloison calcaire/sablonneuse séparant nettement les deux conduits.
- Datte de mer (=Lithophaga lithophaga :
Présente une coquille cylindrique brune lisse évoquant une datte, mais elle ne construit jamais de tubulure calcaire externe proéminente en forme de "8" à la surface du substrat.
- Hiatelle ridée Hiatella rugosa / Hiatella arctica :
Se loge dans les cavités rocheuses mais ne tapisse pas sa cavité d'une paroi calcaire complète. Ses siphons visibles se distinguent immédiatement par leur couleur rouge ou orange vif.
- Pholades Barnea candida, Pholas dactylus :
Espèces de taille beaucoup plus grande, équipées de coquilles blanchâtres très râpeuses et de plaques articulées accessoires, dépourvues de tube calcaire siphonal rigide en "8".
Biotope / Habitat
Substrats colonisés : L'espèce est un organisme perforant endolithe strictement associé aux substrats durs calcaires : calcaire pur, craie, grès et lutites à ciment carbonaté. Elle s'installe également dans des carbonates biogènes comme la coquille de grands bivalves vivants ou morts (Atrina fragilis, Venus verrucosa, huîtres, nacres), ainsi que dans les structures artificielles en béton.
Plage bathymétrique : présente depuis la zone intertidale inférieure jusqu'à l'étage circalittoral (de 0 à plus de 80 mètres de profondeur).
Tolérance au sédiment et réparation : Rocellaria dubia montre une très forte tolérance aux voiles de sédiments mobiles (vase, silt). Lorsque le niveau de sédiment augmente ou que des organismes encroûtants (ascidies coloniales comme Didemnum coriaceum, éponges) menacent de recouvrir l'ouverture, le bivalve sécrète de la matière calcaire pour rallonger sa tubulure siphonale et maintenir ses orifices dégagés. En cas de bris de son tube siphonal, l'animal est capable de le réparer.
Mode d'alimentation : Comme la majorité des bivalves endolithes, Rocellaria dubia est un organisme microphage filtreur (suspensivore). Immobilisé dans sa crypte calcaire, il génère un flux d'eau continu grâce aux battements des cils de sescténidies (branchies). L'eau pénètre par le siphon inhalant, apportant le phytoplancton et la matière organique particulaire en suspension. Ces nutriments sont piégés par le mucus branchial puis conduits à la bouche, tandis que l'eau filtrée et les pseudo-fécès sont expulsés par le siphon exhalant.
Le saviez-vous : Un gastrochène (genre Gastrochaena) est un petit mollusque bivalve marin qui creuse des cavités dans la roche, les coquilles ou les coraux, tandis qu'une mye (genre Mya) est un grand bivalve fouisseur vivant profondément dans le sable ou la vase des estuaires.
Distribution
Rocellaria dubia possède une vaste distribution atlantico-méditerranéenne.
Elle est extrêmement répandue sur l'ensemble du bassin méditerranéen ainsi qu'en mer Noire.
Dans l'océan Atlantique Nord-Est, elle est implantée depuis le sud de la mer du Nord, la Manche et les îles Britanniques jusqu'aux côtes de l'Afrique de l'Ouest (Sénégal, Angola), en passant par le golfe de Gascogne et les archipels de Macaronésie (Canaries, Cap-Vert).