Distribution
L'espèce est largement distribuée le long des côtes de l'Atlantique Nord-Est, depuis la Norvège septentrionale et l'Islande s'étend vers le sud jusqu'au Maroc.
Elle est extrêmement abondante en mer du Nord, en Manche, en mer d'Irlande et le long de l'ensemble de la façade atlantique française.
Elle est en revanche absente ou exceptionnelle en mer Méditerranée, où elle est remplacée par des espèces apparentées du même genre.
L'aire de répartition est stable et ne montre aucun signe de régression ni d'expansion anormale.
Biotope / Habitat
C'est une espèce benthique qui fréquente principalement les substrats durs (rochers, blocs, galets) ainsi que les frondes des grandes algues brunes (Fucus serratus, Fucus vesiculosus, Laminaria digitata).
On la rencontre depuis le bas de l'estran (zone intertidale inférieure) jusqu'à l'étage infralittoral, couramment observée entre 0 et 20 mètres de profondeur, et parfois jusqu'à plus de 80 mètres dans les zones exposées aux courants.
Elle affectionne les milieux abrités à moyennement battus, riches en film biologique et en couverture algale. Sa présence est permanente sur le fond tout au long de l'année.
Ce gastéropode brouteur microphage se déplace activement sur la roche ou les stipes d'algues en utilisant son large pied musculaire. Sa radula est dotée de nombreuses rangées de dents chitineuses lui permettant de racler les diatomées, les microalgues, les spores et les dépôts d'aliments déposés sur le substrat. L'activité de broutage s'intensifie lors des périodes d'immersion à marée haute.
En présence d'une étoile de mer prédatrice (comme Asterias rubens), la troque cendrée déploie une réaction de fuite spectaculaire : elle tord vigoureusement son pied pour faire pivoter rapidement sa coquille d'un côté à l'autre et se détacher brusquement de la roche pour échapper au prédateur.
Par ailleurs, le surnom anglophone populaire "Silver tommy" fait référence aux coquilles échouées sur les plages dont le motif externe a été érodé par les vagues, mettant à nu la couche nacrée sous-jacente très brillante.
Pour le plongeur, l'observation détaillée de l'animal au repos révèle la présence du petit tentacule oculaire supplémentaire situé exclusivement du côté droit.
Les confusions possibles
- Gibbule ombiliquée Steromphala umbilicalis : possède des bandes obliques rougeâtres à pourpres deux fois plus larges et environ deux fois moins nombreuses par tour que S. cineraria. Son ombilic demeure large, rond et profond même chez l'adulte, et la pigmentation sombre de son corps se distingue nettement par transparence à travers plus de 50 % de l'opercule lorsqu'il est rétracté.
- Gibbule de Pennant Steromphala pennanti : présente des rayures zébrées plus larges, un profil général plus trapu et anguleux, et un ombilic quasiment obturé par un callus columellaire.
- Monodonte Phorcus lineatus : beaucoup plus grande à l'état adulte (jusqu'à 30 mm de diamètre), avec un test plus épais, des lignes en zig-zag très fines, un ombilic complètement fermé et une dent columellaire caractéristique à la base de l'ouverture.
- Troque pygmée Jujubinus exasperatus : possède une coquille conique nettement plus haute que large, une forme pyramidale très pointue, des motifs en quadrillage fin et aucun ombilic visible.
Description du statut de l'espèce
S. cineraria n'est absolument pas une espèce invasive. Il s'agit d'une espèce indigène et fondamentale de la faune benthique de l'Atlantique européen. En régulant les pellicules de microalgues et en servant de proie aux crabes, poissons et étoiles de mer, elle contribue à l'équilibre des écosystèmes littoraux. Elle ne bénéficie d'aucun statut de protection particulier ni d'aucune restriction réglementaire.