Rocellaire Rocellaria dubia BioObs
Rocellaire
Rocellaria dubia
Auteur : Brigitte FournierPhoto prise le 02/07/2025 à La grande digue
Animaux
Mollusques
Bivalves (ou Lamellibranches)
Description
Surnommé « shotgun piddock » (pholade fusil de chasse) par les plongeurs sous-marins britanniques en raison du double orifice de sa tubulure qui évoque la gueule d'un fusil à deux coups, Rocellaria dubia est un bivalve perforant si bien dissimulé dans la roche qu'en eau turbide, c'est parfois au toucher — par la sensation rugueuse et piquante de ses tubes sous les doigts — que l'on décèle sa présence ! Description observable à l'oeil nu Dans son milieu naturel, la coquille de Rocellaria dubia reste entièrement dissimulée au sein de sa cavité rocheuse. L'unique structure décelable à l'oeil nu est sa tubulure calcaire de teinte blanchâtre ou grise qui émerge de la roche ou du sédiment. Ce petit tube présente deux orifices accolés formant un "8". Contrairement aux tubes construits par certains vers marins, l'intérieur de cette cheminée calcaire n'a pas de cloison de séparation intermédiaire. En condition de faible visibilité ou sur des fonds envasés, la présence de ces tubulures rigides se repère au toucher : elles procurent sous les doigts une sensation abrasive et piquante. Les siphons affleurant à la surface de la tubulure sont de couleur sombre et peu spectaculaires. Une fois extraite de sa crypte calcaire, la coquille apparaît très fine, fragile, de teinte blanche à paille, recouverte d'un léger périostracum brun. Caractères et clés d'identification Silhouette générale de la coquille : forme de flacon ou ovale très allongée, cunéiforme, s'élargissant vers la région postérieure. Taille de la coquille : longueur moyenne comprise entre 15 et 25 mm. Béance ventrale marquée : large ouverture antéro-ventrale permanente adaptée au passage d'un pied très réduit et du manteau. Configuration de la charnière : crochets situés très près de l'extrémité antérieure ; charnière lisse et édentée. Stries de croissance commarginales : rides de croissance parallèles bien marquées sur la coquille, indiquant une longévité pouvant dépasser 10 ans. Tubulure siphonale calcaire en "8" : tube calcaire externe proéminent d'environ 4 × 3 mm de section et de quelques millimètres de hauteur. Absence de cloison interne dans la tubulure : la cavité interne du tube siphonal ne comporte aucune séparation calcaire entre les deux siphons. Stries d'extension de la tubulure : anneaux de croissance visibles sur le tube calcaire, témoignant des phases successives d'allongement pour contrer l'envasement. Siphons discrets et réactifs : siphons soudés de teinte terne (brunâtre ou grisâtre), dépourvus de pigments vifs, se rétractant promptement au moindre choc ou à la moindre ombre.Confusions possibles
En raison de sa localisation cachée au sein du substrat rocheux ou du sédiment, Rocellaria dubia peut être confondue avec d'autres organismes perforants ou tubicoles : - Hermelles et sabelles Sabellaria spinulosa : Construisent parfois des tubes jumelés émergeant des voiles sédimentaires. Toutefois, les tubes de Sabellaria sont faits d'un agglomérat de grains de sable (et non d'aragonite calcaire lissée) et possèdent une cloison calcaire/sablonneuse séparant nettement les deux conduits. - Datte de mer (=Lithophaga lithophaga : Présente une coquille cylindrique brune lisse évoquant une datte, mais elle ne construit jamais de tubulure calcaire externe proéminente en forme de "8" à la surface du substrat. - Hiatelle ridée Hiatella rugosa / Hiatella arctica : Se loge dans les cavités rocheuses mais ne tapisse pas sa cavité d'une paroi calcaire complète. Ses siphons visibles se distinguent immédiatement par leur couleur rouge ou orange vif. - Pholades Barnea candida, Pholas dactylus : Espèces de taille beaucoup plus grande, équipées de coquilles blanchâtres très râpeuses et de plaques articulées accessoires, dépourvues de tube calcaire siphonal rigide en "8".Biotope / Habitat
Substrats colonisés : L'espèce est un organisme perforant endolithe strictement associé aux substrats durs calcaires : calcaire pur, craie, grès et lutites à ciment carbonaté. Elle s'installe également dans des carbonates biogènes comme la coquille de grands bivalves vivants ou morts (Atrina fragilis, Venus verrucosa, huîtres, nacres), ainsi que dans les structures artificielles en béton. Plage bathymétrique : présente depuis la zone intertidale inférieure jusqu'à l'étage circalittoral (de 0 à plus de 80 mètres de profondeur). Tolérance au sédiment et réparation : Rocellaria dubia montre une très forte tolérance aux voiles de sédiments mobiles (vase, silt). Lorsque le niveau de sédiment augmente ou que des organismes encroûtants (ascidies coloniales comme Didemnum coriaceum, éponges) menacent de recouvrir l'ouverture, le bivalve sécrète de la matière calcaire pour rallonger sa tubulure siphonale et maintenir ses orifices dégagés. En cas de bris de son tube siphonal, l'animal est capable de le réparer. Mode d'alimentation : Comme la majorité des bivalves endolithes, Rocellaria dubia est un organisme microphage filtreur (suspensivore). Immobilisé dans sa crypte calcaire, il génère un flux d'eau continu grâce aux battements des cils de sescténidies (branchies). L'eau pénètre par le siphon inhalant, apportant le phytoplancton et la matière organique particulaire en suspension. Ces nutriments sont piégés par le mucus branchial puis conduits à la bouche, tandis que l'eau filtrée et les pseudo-fécès sont expulsés par le siphon exhalant. Le saviez-vous : Un gastrochène (genre Gastrochaena) est un petit mollusque bivalve marin qui creuse des cavités dans la roche, les coquilles ou les coraux, tandis qu'une mye (genre Mya) est un grand bivalve fouisseur vivant profondément dans le sable ou la vase des estuaires.Distribution
Rocellaria dubia possède une vaste distribution atlantico-méditerranéenne. Elle est extrêmement répandue sur l'ensemble du bassin méditerranéen ainsi qu'en mer Noire. Dans l'océan Atlantique Nord-Est, elle est implantée depuis le sud de la mer du Nord, la Manche et les îles Britanniques jusqu'aux côtes de l'Afrique de l'Ouest (Sénégal, Angola), en passant par le golfe de Gascogne et les archipels de Macaronésie (Canaries, Cap-Vert).Les zones géographiques (BioObs)
Espèce évaluée sur Liste Rouge
Le type d'observation
Les sources
• COVES Jacques, ANDRÉ Frédéric, MÜLLER Yves in : DORIS, 26/03/2025 : Rocellaria dubia (Pennant, 1777), https://doris.ffessm.fr/ref/specie/2774
• WoRMS : MolluscaBase eds. (2026). MolluscaBase. Rocellaria dubia (Pennant, 1777). Accessed through: World Register of Marine Species at: https://www.marinespecies.org/aphia.php?p=taxdetails&id=505249 on 2026-08-09
• The Conchological Society of Great Britain and Ireland : Rocellaria dubia
• Marine Bivalve Shells of the British Isles : Rocellaria dubia
• BioLib : Rocellaria dubia
• Morton, Brian & Peharda, Melita & Petrić, Mirela. (2011). Functional morphology of Rocellaria dubia (Bivalvia: Gastrochaenidae) with new interpretations of crypt formation and adventitious tube construction, and a discussion of evolution within the family: R. DUBIA AND EVOLUTION OF GASTROCHAENIDAE. Biological Journal of the Linnean Society. 104. 786-804. 10.1111/j.1095-8312.2011.01763.x. Rocellaria dubia
Les autres noms communs
• Allemagne : Europäische Gastrochaena / Flaschenmuschel • France : Rocellaria perce-pierre • Royaume-Uni : European flask shell / Shotgun piddock • Italie : Rocellaria • Pays-Bas : Gewone steenboorderLes autres noms scientifiques (non valide)
• Chama parva da Costa, 1778 • Gastrochaena conchyliophila Pallary, 1900 • Gastrochaena dubia (Pennant, 1777) • Gastrochaena dubia var. lata Pallary, 1900 • Gastrochaena hians J. Fleming, 1828 • Gastrochaena modiolina Lamarck, 1818 • Gastrochaena pelagica Risso, 1826 • Gastrochaena poliana R. A. Philippi, 1845 • Gastrochaena polii R. A. Philippi, 1844 • Gastrochaena tarentina O. G. Costa, 1830 • Mya dubia Pennant, 1777 • Mya pholadia Montagu, 1803 • Mytilus ambiguus Dillwyn, 1817 • Pholas faba Pulteney, 1799
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02/07/2025
Historique des modifications
• Création : Pascal COATNOAN le 14/08/202614/08/2026 Un commentaire ou une erreur sur cette fiche espèce : Cliquer ici !
