Lutraire elliptique Lutraria lutraria BioObs
Lutraire elliptique
Lutraria lutraria
Auteur : Carine ChaignetPhoto prise le 17/09/2025 à LST 190 (SHOM 14590190)
Animaux
Mollusques
Bivalves (ou Lamellibranches)
Description
Malgré une appellation évoquant la loutre, ce grand bivalve fouisseur passe l'intégralité de sa vie adulte immobile, ancré jusqu'à 40 centimètres sous le sable : pourvu de siphons si imposants qu'il lui est physiquement impossible de refermer totalement sa coquille, ce coquillage s'est condamné au confinement à perpétuité pour échapper aux prédateurs de surface. Description observable à l'oeil nu À l'oeil nu, Lutraria lutraria se présente sous la forme d'un coquillage allongé, solide tout en conservant des valves relativement minces. Les individus récoltés sur la plage étalent des valves couleur crème ou blanc craie, parfois tachées de noir ou de brun par les oxydes du sédiment. Lorsqu'on observe un spécimen frais ou vivant, l'élément le plus frappant est la masse charnue constituée par ses deux siphons fusionnés : Enveloppés d'une gaine épidermique rugueuse de couleur tannée ou brunâtre parsemée de petits points plus clairs, ces siphons dépassent largement de la coquille et ne peuvent pas s'y réinsérer complètement. Caractères d'identification Silhouette générale : coquille de grande taille (8 à 15 cm de long), de forme oblongue, elliptique et étirée, à valves équivalves mais fortement inéquilatérales. Bâillement des valves : coquille nettement bâillante aux deux extrémités, l'ouverture arrière étant particulièrement large pour laisser passer le double siphon. Position du crochet (umbo) : Umbo décalé de manière asymétrique, placé nettement vers le tiers antérieur de la coquille. Structure de la charnière : présence sur chaque valve d'un chondrophore (cuilleron) triangulaire proéminent orienté vers le bas, accompagné de dents cardinales très nettes. Empreinte du sinus palléal : sinus palléal très profond, horizontal et arrondi à son extrémité, dépassant largement le milieu de la longueur de la valve. Sculpture superficielle : surface externe lisse, marquée uniquement par des lignes et stries de croissance concentriques irrégulières, sans aucune côte radiale. Coloration et revêtement : coquille calcaire blanchâtre à gris-crème, tapissée d'un périostracum brun-jaunâtre à olivâtre, souvent altéré au sommet mais persistant sur les bords.Confusions possibles
Plusieurs espèces de bivalves allongés partageant des habitats similaires peuvent être confondues avec la loutraire elliptique : - Lutraire étroite Lutraria angustior : Possède une coquille plus étroite, un bord ventral plus droit et un crochet situé dans une position plus centrale que chez L. lutraria. - Lutraire oblongue Lutraria magna : Silhouette plus rectangulaire et allongée, avec un sinus palléal s'enfonçant de façon encore plus marquée vers l'avant de la valve. - Mye des sables Mya arenaria : La mye ne présente un chondrophore (cuilleron) que sur la valve gauche (alors que la loutraire en possède un sur chaque valve) et son bâillement postérieur est nettement moins béant. - Panopea glycymeris : Coquille beaucoup plus lourde, massive et quadrangulaire, aux bourrelets de croissance épais et marqués.Biotope / Habitat
La lutraire elliptique est un bivalve benthique profondément enfoui (endobenthique). Elle s'installe verticalement dans les substrats meubles comme le sable envasé, les vasières ou les graviers encoquillés, depuis le bas de la zone intertidale (limite des basses mers de vive-eau) jusqu'à des profondeurs subtidales d'environ 60 mètres. Une fois l'enfouissement réalisé durant sa phase jeune (entre 20 et 40 cm de profondeur), l'adulte ne se déplace plus. Il conserve une position fixe dans son terrier vertical. Ses siphons hypertrophiés s'étirent à travers la colonne de sédiment pour faire affleurer leurs orifices à la surface de l'eau, permettant à l'animal de respirer et de s'alimenter sans exposer sa coquille aux prédateurs. Lutraria lutraria est un organisme microphage suspensivore (filtreur). Grâce au mouvement des cils situés sur ses larges branchies (cténidies), le bivalve crée un courant d'eau entrant par le siphon inhalant. L'eau aspirée traverse les branchies qui piègent les particules nutritives (phytoplancton, détritus organiques, bactéries). Les nutriments sont ensuite acheminés vers la bouche tandis que l'eau filtrée et les déchets non ingérés (pseudo-fécès) sont rejetés par le siphon exhalant.Distribution
Cette espèce occupe l'ensemble de l'Atlantique Nord-Est, depuis les fjords de Norvège et la mer du Nord jusqu'aux côtes de l'Afrique de l'Ouest (Maroc, Mauritanie, Sénégal). Elle est également abondante le long du littoral de la Manche, du golfe de Gascogne et dans l'ensemble du bassin de la mer Méditerranée.Les zones géographiques (BioObs)
Espèce évaluée sur Liste Rouge
Le type d'observation
Les sources
• LE GRANCHÉ Philippe, DAMERVAL Marc in : DORIS, 26/03/2025 : Lutraria lutraria (Linnaeus, 1758), https://doris.ffessm.fr/ref/specie/2568
• MolluscaBase eds. : (2026). MolluscaBase. Lutraria lutraria (Linnaeus, 1758). Accessed through: World Register of Marine Species at: https://marinespecies.org/aphia.php?p=taxdetails&id=140295 on 2026-07-28
• ICHTYONYMIE BRETONNE Atlas linguistique de la faune marine de Bretagne : https://ichtyo.cnrs.fr/pages/fr/fichefr.php?var=97
• Marine Bivalve Shells of the British Isles : https://naturalhistory.museumwales.ac.uk/britishbivalves/browserecord.php?-recid=82
• Nature 22 / Estran 22 : https://nature22.com/estran22/mollusques/lamellibranches/bivalves5.html
• FAO : https://www.fao.org/4/x0169f/x0169f48.pdf
Les autres noms communs
• Allemagne : Ottermuschel • Danemark : Oddermusling • Espagne : Arola • France : Calmar (golfe du Morbihan) • France : Lacogne • France : Piché rû (Bretagne) • France : Pied de couteau • France : Pied de sabot • Royaume-Uni : Common otter shell • Royaume-Uni : Otter shell • Pays-Bas : Gewone otterschelp • Pays-Bas : Ovale otterschelp • Pays-Bas : Ovale slijkschelp • Suède : Avlång trågmusslaLes autres noms scientifiques (non valide)
• Chama magna da Costa, 1778 • Lutraria (Lutraria) lutraria (Linnaeus, 1758) • Lutraria elliptica Lamarck, 1801 • Lutraria elliptica var. latior R. A. Philippi, 1844 • Lutraria lutraria var. panormensis De Gregorio, 1885 • Lutraria primipara Merklin & Nevesskaja, 1955 • Lutraria solida R. A. Philippi, 1851 • Lutraria vulgaris J. Fleming, 1828 • Mya lutraria Linnaeus, 1758
Auteur : François SichelPhoto prise le 21/05/2022 à Le Port
Auteur : François SichelPhoto prise le 24/06/2023 à Le Port
Auteur : Benjamin GuichardPhoto prise le 05/02/2023 à Les ducs d'albe
Auteur : Pierre CorbrionPhoto prise le 20/06/2021 à Le dôme du Four
17/09/2025
Historique des modifications
• Création : Pascal COATNOAN le 10/08/202610/08/2026 Un commentaire ou une erreur sur cette fiche espèce : Cliquer ici !
