Les canicules marines, on en parle ?

Avec les canicules marines à répétition, les écosystèmes marins vont prendre cher : l’inertie thermique de l’Océan permet (permettait ?) d’amortir les effets du réchauffement climatique en absorbant 94% de l’excédent d’énergie mais ce n’est pas sans conséquence, sans parler de l’acidification en raison du CO2 accumulé dans l’atmosphère. Alors, comment évaluer l’état de santé de l’Océan ? Cette évaluation existe et est méconnue : il s’agit de la évaluation mondiale des océans qui a été réalisée pour la troisième fois.

Enfin, nous vous proposons de découvrir l’actualité de BioObs via ses récentes évolutions puisque la refonte de BioObs continue et tous les mois, de nouvelles pages et/ou fonctionnalités sont proposés. Pour commencer cette période estivale, parcourons ces récentes évolutions.

 

La troisième évaluation mondiale des océans (état de l’environnement marin)

L’océan est la base de la vie sur Terre. Cependant, sa santé est gravement menacée, car les écosystèmes et les habitats approchent ou dépassent des seuils critiques. Dans la recherche de solutions, la science océanique est indispensable. Comment évaluer et suivre l’évolution de l’état de santé ? C’est ce que nous vous proposons de découvrir.

La troisième Évaluation mondiale des océans (WOA III) est la seule évaluation mondiale intégrée des océans couvrant les aspects environnementaux, économiques et sociaux. S’appuyant sur les travaux de plus de 650 experts à travers le monde, cette évaluation fournit aux gouvernements, aux chercheurs et aux décideurs les données factuelles dont ils ont besoin pour agir.

La première Évaluation mondiale des océans (WOA I) a constitué la première étude de référence de l’Assemblée générale des Nations unies sur l’état de l’environnement marin.

  • La deuxième Évaluation mondiale des océans (WOA II) a apporté une mise à jour de cette étude de référence. S’appuyant sur ses prédécesseurs, la WOA III, publiée à l’occasion de la journée des océans du 8 juin dernier, fournit :
  • Des informations actualisées et exhaustives sur l’état des océans dans différentes régions ;
  • Des voies innovantes et tournées vers l’avenir en matière de développement durable ;
  • Des thèmes transversaux relatifs aux questions de genre et d’équité ;
  • La prise en compte des savoirs des peuples autochtones, des propriétaires traditionnels et des communautés locales.

Les éléments décrits ci-après constituent une synthèse de la troisième Évaluation mondiale des océans (WOA III).

L’océan couvre plus de 70 % de la surface terrestre et constitue l’écosystème le plus vaste et le plus interconnecté de notre planète. En tant que garant de la majeure partie de la biodiversité mondiale, il joue un rôle régulateur fondamental dans le système climatique en absorbant plus de 90 % de l’excès de chaleur et 30 % du dioxyde de carbone anthropique. La présente synthèse met en lumière les conclusions majeures de la troisième Évaluation mondiale de l’océan, qui examine les transformations critiques survenues principalement entre 2018 et 2023, tout en intégrant de nouvelles dimensions liées à la gouvernance, au genre, à la durabilité et aux savoirs autochtones.

1. Facteurs de changement et pressions anthropiques

Les dynamiques océaniques sont profondément altérées par une combinaison de facteurs naturels et d’activités anthropiques croissantes

  • Pression démographique et économique : Fin 2024, la population mondiale a atteint 8,2 milliards d’habitants :
    • environ 37 % résident à moins de 100 km des côtes,
    • 11 % dans des zones de faible altitude (moins de 10 mètres).

Cette concentration intensifie la demande en ressources, l’urbanisation et la dégradation des habitats côtiers. La croissance économique mondiale (3,3 % sur la période 2022-2024) et la hausse de la consommation énergétiq,ue (+2,2 % en 2023) amplifient l’extraction de ressources et la production de déchets.

 

  • Pollution et contaminants : Bien que les émissions de polluants historiques (mercure, composés organiques) diminuent dans certaines zones ciblées, les contaminants émergents augmentent de façon alarmante. Les résidus pharmaceutiques (notamment les antibiotiques) altèrent gravement le comportement des organismes marins. Les fuites de déchets plastiques et de microplastiques continuent de croître en raison d’une mauvaise gestion globale, affectant désormais plus de 4 000 espèces marines à travers tous les écosystèmes.

 

  • Infrastructures et espèces allogènes : Le développement des infrastructures maritimes s’intensifie en eau profonde (pétrole, gaz, pipelines, câbles) et les parcs éoliens s’étendent plus loin au large, perturbant des milieux encore peu étudiés. Parallèlement, le transport maritime accélère la propagation d’espèces exotiques envahissantes, un phénomène exacerbé par le réchauffement des eaux qui facilite leur implantation.

 

2. Accélération des mutations physiques et chimiques

L’état physico-chimique de l’océan mondial subit des modifications d’origine climatique dont le rythme ne cesse de s’accélérer, menaçant la stabilité de l’ensemble du système marin :

L’affaiblissement potentiel de la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (AMOC) suscite de vives inquiétudes quant à ses répercussions climatiques sur l’Europe.

Les modèles actuels affichent une confiance faible à moyenne sur un effondrement de l’AMOC ce siècle mais certaines études suggèrent qu’un seuil critique pourrait être atteint plus vite que prévu. Le sujet reste une priorité de recherche.

 

3. Écosystèmes socio écologiques et approche « une seule santé »

Le rapport consacre une attention inédite aux interdépendances complexes entre la santé humaine, le bien-être social et l’intégrité écologique à travers le cadre unifié « Une seule santé ». L’océan procure d’immenses bienfaits non marchands (santé mentale, cohésion sociale, traditions spirituelles), mais l’essor des risques environnementaux altère directement la sécurité humaine. La prolifération d’algues toxiques, la contamination des produits de la mer par les métaux lourds et les polluants plastiques entraînent de graves risques sanitaires (perturbations endocriniennes, neurotoxicité, cancers).

La pandémie de COVID-19 (2020-2022) a illustré la fragilité des systèmes socioéconomiques marins. Si elle a ponctuellement réduit le bruit sous-marin et favorisé la reproduction de certaines espèces, elle a gravement déstabilisé les communautés dépendantes de la pêche et du tourisme (pertes financières massives, chômage, insécurité alimentaire). Elle a également entraîné une hausse dramatique de la pollution par les plastiques à usage unique (masques) et les résidus de traitements médicaux dans l’eau. Le ralentissement des campagnes scientifiques et de la surveillance des pêches a par ailleurs favorisé une recrudescence de la pêche illégale dans plusieurs régions.

 

4. État des habitats critiques et du « carbone bleu »

Les habitats côtiers et marins, essentiels à la biodiversité et à l’humanité, subissent une dégradation contrastée:

  • Récifs coralliens en péril : Les récifs déclinent à un rythme alarmant en raison des vagues de chaleur marines successives qui provoquent des blanchissements massifs. Les Caraïbes ont perdu 80 % de leur couverture corallienne depuis les années 1970, et les projections indiquent que 90 % des récifs mondiaux risquent de disparaître si le réchauffement global dépasse 1,5 °C.

 

  • Herbiers marins et mangroves : Les herbiers marins ont diminué d’environ 29 % depuis la fin du XIXe siècle, accentués récemment par les tempêtes et l’élévation marine, malgré la découverte majeure d’une vaste zone de 66 000 à 92 000 km2 aux Bahamas. En revanche, la perte nette annuelle des mangroves a ralenti entre 2010 et 2020 (tombe à 102,4 km2) grâce à des initiatives de conservation et d’ambitieux programmes de reforestation (notamment en Chine, en Indonésie et en Iran).

 

  • Potentiel du carbone bleu : Les mangroves, herbiers et marais stockent plus de carbone par unité de surface que les forêts terrestres. Toutefois, même s’ils étaient intégralement restaurés, ils ne contribueraient qu’à hauteur de 2 % à l’atténuation climatique mondiale. Si cet impact reste marginal pour les grands pays tempérés, il représente une ressource économique et de résilience vitale pour les petits États insulaires en développement via les mécanismes de financement international.

 

5. Systèmes alimentaires, gouvernance et avancées scientifiques

L’exploitation des ressources marines appelle à une transformation profonde des cadres de gestion et de surveillance :

  • Sécurité alimentaire et transition économique : La pêche artisanale et de subsistance joue un rôle nutritionnel et social irremplaçable pour des millions d’individus. Cependant, l’expansion constante de la production d’hydrocarbures en mer (un tiers de la production mondiale, désormais axée sur l’ultra-profond) et les émissions du transport maritime (80 % du commerce mondial en volume, responsable de 3 % des gaz à effet de serre mondiaux) imposent une décarbonation rapide et l’essor encadré des énergies marines renouvelables.

 

  • Avancées historiques de la gouvernance : Le paysage juridique mondial a connu des progrès majeurs avec l’adoption de l’Accord sur les subventions à la pêche (entré en vigueur en 2025) et de l’Accord BBNJ (visant la conservation de la biodiversité en haute mer, prévu pour entrer en vigueur en 2026). Ces traités renforcent les outils de gestion par zone, comme les aires marines protégées en haute mer, bien que la fragmentation institutionnelle reste un défi majeur à surmonter pour unifier l’action mondiale.

 

  • Observations scientifiques et technologies : La compréhension scientifique de l’océan progresse grâce aux outils biomoléculaires (séquençage in situ, ADN environnemental) et au déploiement de simulations numériques de l’océan couplés à l’intelligence artificielle. Néanmoins, l’évaluation souligne un déclin mondial alarmant du nombre d’experts en taxinomie indispensables aux validations de terrain, ainsi que d’un manque chronique de financements durables à long terme pour les réseaux d’observation essentiels.

 

L’un des messages importants du rapport est l’importance de la surveillance et de la recherche : Les scientifiques ne peuvent comprendre un problème que s’ils peuvent le mesurer.

Cela peut sembler évident, mais collecter des données sur l’océan est en réalité très difficile. En effet, l’océan recouvre plus de 70 % de notre planète et de nombreuses régions sont encore mal surveillées.

Comprendre où le plastique se retrouve, comment il se déplace et quels sont ses impacts nécessite des milliers d’observations recueillies sur de nombreuses années. C’est là qu’intervient l’importance croissante de la science citoyenne. Les chercheurs seuls ne peuvent pas collecter toutes les informations nécessaires pour comprendre un défi mondial. En impliquant des communautés, des bénévoles et des organisations du monde entier, on rend disponible beaucoup plus de données. Chaque observation permet d’obtenir une image plus claire de la situation.

Sources

 

Les évolutions de BioObs ?

Voici les principales évolutions mises en lignes fin juin.

Les statistiques de BioObs

Une nouvelle page est maintenant proposée ( https://bioobs.fr/statistics ), une page qui reconduit les principaux indicateurs avec un look plus moderne (ce qui n’est pas compliqué compte tenu de l’ancienneté de la précédente).

Le premier indicateur est celui de la fréquentation du site que nous partageons en toute transparence et sans complexe : une fréquentation qui ne cesse d’augmenter, sans doute en raison des fonctionnalités incomparables qui sont proposées par BioObs !

Les indicateurs suivants sont également représentatifs de l’activité comme par exemple, le nombre d’observations validées (bientôt 800 000 observations validées pour 5 165 espèces différentes).

Nous attendons avec impatience le franchissement de ce nouveau cap et nous comptons sur vous pour le franchir très prochainement.

 

Mes statistiques

La page « Mes Statistiques » est également disponible : elle aussi, elle reconduit les informations qui étaient présentées sur l’ancienne page avec maintenant la possibilité de filtrer par zone géographique et/ou par rôle (Encadrant/Encadré/Autonome/Serre-file).

Mes préférences

Comme son nom l’indique, la page « Mes préférences » permet de définir quelles sont « mes préférences » afin de ne pas devoir les saisir à chaque nouveau relevé.

Une page qui n’avait pas d’équivalent auparavant qui va éviter à tout plongeur « non méditerranéen » de devoir modifier la zone géographique à chaque nouveau relevé puisque la valeur par défaut était la Méditerranée occidentale.

A noter que certaines options sont proposées mais non encore accessibles : nous allons les rendre accessible lors d’une prochaine release. Tout en bas, vous pouvez modifier deux abonnements aux mails : la newsletter (mensuelle) et le mail de remerciements (qui fait suite à la validation d’un relevé).

 

Spoiler ? le nouveau bilan des observations par zone géographique

Comme vous le savez déjà, BioObs permet de préparer ses explorations via le téléchargement des observations pour un ensemble de site. Très prochainement, cette page sera remplacée par une page résolument plus moderne.

 

Une fonctionnalité inégalée et indispensable pour les briefings et les débriefings. De manière comparable à la page actuelle, elle permettra de télécharger le bilan des observations. Concernant ce bilan des observations, nous lui apporterons une touche de modernité tout en reconduisant le principe des cases à cocher, par exemple :

 

 

Répartition du corail rouge en Corse : nouveau partenariat avec la station marine de Stareso

BioObs et la station de Recherches Sous-marines et Océanographique de Stareso ont établi une nouvelle convention de partenariat relatif aux observations du corail rouge Corallium rubrum en Corse.

Ce programme de recherche vise à améliorer la connaissance de la distribution de cette espèce dans le cadre d’un projet de conservation du milieu marin. Les données d’observation présentes dans la base BioObs, soit environ 1 000 observations, ont ainsi été transmises à la station marine conformément aux objectifs de BioObs de contribuer à la connaissance et à la protection du milieu marin.

Une nouvelle convention de partenariat fait suite à cette signée en 2024 relative aux observations du corail noir de Méditérannée Antipathella subpinnata.

 

Mer et littoral, une journée des sciences participatives en Normandie

BioObs sera présent lors de ces 2èmes journées des sciences participatives en Normandie organisées le mardi 24 novembre prochain à Colombelles, près de Caen, sous l’égide du réseau des Sentinelles de la Mer Normandie.

Le programme prévisionnel porte sur des retours d’expérience de programmes régionaux et nationaux et sur l’implication des citoyens et des collectivités. Plus d’informations à suivre à la rentrée…

 

Les nouvelles fiches-espèces de BioObs

Voici les fiches créées au cours du mois de mai : les reconnaissez-vous ?

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